Préserver la police judiciaire par sa refondation

La filière métier "investigation" de la police nationale est en crise depuis plusieurs années. Cette crise se constate par une carence des effectifs en investigation et "une perte de sens" pour les agents qui y demeurent. Jadis "fer de lance" de la police, la police judiciaire n'attire plus. Dès lors, les procédures s'accumulent, la qualité des enquêtes diminue et c'est finalement la réponse pénale qui en subit les conséquences. Les raisons de ce malaise sont multiples : peu de reconnaissance pour les agents de cette filière, charge de travail trop importante (par manque d'effectifs), accomplissement de tâches administratives rébarbatives, illisibilité croissante du Code de procédure pénale peuvent expliquer le désintérêt pour la filière judiciaire. Nul ne saurait préserver la sécurité quotidienne de nos concitoyens sans s'assurer de l'excellence des services d'investigations. L'attractivité de la filière judiciaire peut être renforcée en revalorisant pécuniairement et "moralement" le métier de policier-enquêteur. La prime OPJ doit être à nouveau revalorisée. Il faut également recruter plus massivement des assistants d'enquêtes pour décharger les enquêteurs des tâches administratives annexes aux investigations. Pour permettre l'amélioration des conditions de travail des enquêteurs, il faut encourager l'expérimentation du régime cyclique dans les services d'investigations (ce qui réduit la fatigue et diminue le nombre d'heures supplémentaires par rapport à un régime hebdomadaire). Le bon entretien des locaux et une diminution du nombre de postes de travail par bureau est également nécessaire et passe par un investissement constant dans l'immobilier. Pour soulager les services avec de gros stocks de procédure, la création de "task-force investigation" peut être envisagée. Cette pratique, déjà expérimentée, consiste en la création d'un groupe d'enquêteurs itinérants qui supporte temporairement le travail des policiers d'une circonscription avant de passer à une autre. En étroite relation avec les magistrats, il faut travailler à la réécriture du Code de procédure pénale pour améliorer sa clarté et sa visibilité sans diminuer les garanties fondamentales de la défense. Il apparaît également nécessaire d'agir globalement auprès de nos concitoyens pour limiter la judiciarisation de tous les différends (de simples conflits de voisinage peuvent aboutir à une procédure pénale alors qu'un travail de médiation par un conciliateur de justice aurait été plus pertinent). Des échanges plus étroits entre police et justice doivent permettre d'apaiser les tensions qui peuvent exister entre les deux ministères notamment sur la question de la "sévérité de la justice". Des stages communs entre policiers et magistrats et les détachements doivent être encouragés pour une compréhension réciproque des contraintes et spécificités de chaque acteur. Enfin, pour s'assurer que la lutte contre le haut-spectre de la criminalité soit assurée il faut prendre des mesures pour maintenir les effectifs et les moyens des services spécialisés et éviter que les agents de l'ancienne "PJ" reçoivent des enquêtes relevant de services généralistes.

Connectez-vous pour participer

Réponses récentes